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Le conseil en économie à l’heure du BIM

C’est l’histoire d’un acronyme auquel on prête des propriétés incroyables. Le « BIM » ; souvent assimilé à la réalisation d’un maquette 3D, il illustre l’évolution du métier de la conception de bâtiments. A l’heure de cette révolution numérique, les rôles de chacun au sein de la maîtrise d’œuvre évoluent et les métiers mutent. Qu’en est-il du conseil en économie ? petit état de la situation.

Etat de l’art
Avant toute chose, recontextualisons le sujet ; pour cela, l’idéal est de se référer aux conclusions de la mission numérique du bâtiment (ministère du logement). Ces dernières précisent que :
«  Le BIM est une méthode de travail basée sur la collaboration autour d’une maquette numérique. La « maquette numérique » une maquette 3D comportant des renseignements sur la nature des objets utilisés. »
Cette conclusion, au demeurant simple, illustre bien ce qu’est le BIM : c’est non seulement la réalisation d’un maquette 3D, mais aussi (et surtout…) une démarche collaborative.
Rien d’obligé ! Cette méthode n’est pas obligatoire en France à l’heure actuelle, comme l’indique l’article 42 du décret n° 2016-360 sur les dispositifs de communication électronique ; bien que les maîtres d’ouvrages soient incités à y recourir.

Quid du conseil en économie ?
Mais qu’en est-il concrètement aujourd’hui ? Nous avons constaté, chez BMF, que de 0% de projets en 2017, nous étions passés à 10% de concours comprenant une clause BIM contractuelle. Les exigences évoluent ! L’expérience que nous avons chez BMF nous a par ailleurs montré que le BIM a actuellement pour principale utilité, pour le conseil en économie, d’extraire des quantités d’une maquette 3D pour accélérer la production de l’estimation.

Le BIM n’impacte donc aujourd’hui qu’une petite partie du travail de conseil en économie. Pour autant, les attentes sont fortes ; les maîtres d’ouvrages sont en quête d’immédiateté, nos clients architectes attendent de nous que nous exploitions les maquettes afin d’en extraire les informations nécessaires à la réalisation des estimations.
Face à cela, nous nous devons de rester attentifs au cœur de notre métier ; il ne s’agit pas uniquement de faire des estimations au fil de l’eau, ce qui peut être rassurant, mais n’est pas le seul moyen de travailler un projet. Nous sommes et voulons rester conseil en économie ; il faut conserver une analyse critique des données et leur interprétation.

Il faut pour cela disposer des outils adéquats ! le rôle du conseil en économie est double ; il faut extraire des plans ou de la maquette des données et des quantités dont il est maître, qu’il peut contrôler mais aussi qui soient utiles pour analyser un projet. Aussi, si les logiciels actuels sont de parfaits (ou presque) outils de dessins, ils ne sont pas des outils d’économistes ; il ne sont pas faits pour faire des métrés, encore moins pour faire des estimations ! Sortir des données d’une maquette est une chose, mais comment les contrôler ? comment s’assurer que tous les éléments sont présents, et au bon endroit ? Il n’y a pas non plus d’universalité des prix, dépendant du lieu, du contexte de la consultation, de la période…

Les économistes se heurtent actuellement à des problématiques logiciels qui ne permettent pas une exploitation optimale des maquettes reçues. Les logiciels évoluent, le format IFC se développe, des passerelles se créent entre les différents logiciels, mais nous n’en sommes pas encore à pouvoir utiliser telles quelles les maquettes reçues. Cela impose, de retravailler les maquettes dans les logiciels métiers, voire de les reprendre complètement à partir de plans 2D, ou de multiplier les supports de travail, ce qui est aux antipodes des objectifs d’optimisation.

Pour cela, la formation des équipes aux outils tels que Revit ou autres logiciels nous paraît indispensable. Pourquoi ? car nous croyons justement en ce qu’est le BIM, à savoir un process ! Nous cherchons donc à connaître les outils de nos partenaires pour exploiter les fichier issus de ces outils mais aussi les solliciter afin de concevoir ces mêmes maquettes d’une manière exploitable dans nos outils métiers. Nous touchons du doigt la logique du BIM vue sous l’angle du conseil en économie. Chez BMF, nous travaillons une « charte BIM » que nous voulons transmettre aux architectes au démarrage des projets, afin de les orienter sur les éléments de conception nécessaires à une exploitation par l’ingénieur conseil en économie.
Il n’en reste pas moins le sujet du descriptif et de notre intervention sur la maquette. Tant que des outils ne seront pas développés créant un véritable lien entre maquette et descriptif, l’outil idéal reste le tableur ; la meilleure méthode pour rendre cohérente les pièces est de compléter les tableaux issus des maquettes, sur la base des éléments de descriptifs, pour les réinjecter dans la maquette. Le rôle d’un coordonnateur BIM est alors indispensable pour définir les protocoles de renseignement et les formats des informations.

 

Quel constat ?
Le constat que nous tirons de nos expériences souligne les pistes de progrès qui subsistent pour arriver à un fonctionnement idéal.
La réalisation d’estimations au fil de l’eau n’a pas forcément d’intérêt, cela ne laisse pas le temps aux architectes pour créer et concevoir ; cela nécessite aussi de travailler uniquement avec les quantités extraites des maquettes, sans avoir le temps de contrôler ce qui est extrait. La conception ne peut être aboutie et l’estimation n’a d’autre intérêt que de donner une image, sans analyse.

Le processus reste très itératif et peu collaboratif ; les maquettes sont aujourd’hui réalisées et transmises à un instant T, l’économiste travaille sur la maquette indice 0 pendant que l’architecte est déjà en train d’avancer sur la version B ! Comment faire la synthèse des données à la fin de la phase ?
Le process n’est pas uniforme ; contrairement à un déroulé de projet standard dans lequel le contenu des différentes phases et la méthodologie d’avancement sont bien connus de tous, dans le cadre d’un projet géré en BIM, les demandes ne sont pas toujours les mêmes, les niveaux de définition changent et ressort un réel besoin d’être accompagné par un coordonnateur.

Enfin, le sujet de la collaboration reste entier ; il n’est pas évident de demander à un architecte de concevoir en prenant en compte les contraintes d’un autre métier ; il s’agit encore de contraintes de conception supplémentaires qui ne font pas partie des standards de conception.
L’atteinte du niveau 2 de définition est en soi un cap à franchir.

Et l’avenir ?
Une chose est sûre, c’est que le BIM connait actuellement un développement rapide ; nul doute que son implantation contribuera à faire évoluer la profession au sens large.
S’agissant des ingénieurs conseil en économie, le BIM devrait à terme limiter voire supprimer le travail de métré pour le faire évoluer vers un travail de contrôle des données, conduire à travailler avec les outils des concepteurs (architectes), permettre de recentrer les missions autour de l’analyse des données et le mangement économique et accélérer les études

Pour atteindre ce fonctionnement, les acteurs dont nous faisons partie auront à réfléchir sur leur organisation de la maquette en amont (établissement de chartes), à collaborer plus activement sur les rendus notamment en fin de phase (capitalisation). Nous considérons aussi qu’il faudra apprendre à travailler avec les outils des concepteurs.

L’évolution est donc dépendante de notre capacité à travailler ensemble dans un schéma d’échange différent du schéma actuel, classique, et donc à changer nos habitudes. Au-delà des acteurs de la conception, les pouvoirs publics devront continuer à travailler sur le sujet afin de mettre en place un cadre règlementaire et les outils devront évoluer pour intégrer l’économie au BIM.